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Allons au Cinéma avec Tommy

Interview: Kang Jina

3 Juin 2015, 10:43am

Publié par Tommy's Ghostwriter

Interview: Kang Jina

Jeune réalisatrice coréenne et invitée du FFCP, Kang Jina venait présenter son premier long métrage : Dear Dolphin. Ce dernier présenté dans la catégorie Paysage est des plus particuliers. Le lendemain, je la rencontre dans un hôtel. Souriante, drôle et bavarde, elle accepte de nous accorder un peu de son temps pour une interview (top chorno) en 30 minutes. Une cinéaste qui resplendit d’optimiste mais qui raconte des histoires bien sombres…

Interview: Kang Jina

Tommy’s Ghostwriter : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre passé de cinéaste ?

Kang Jina : En 2000, j’étudiais dans une université de design visuel et je me suis inscrit au ciné-club et ce même si je ne regardais pas énormément de films. Je suis né à Bunsan, un milieu conservateur ou il n’y a pas de place pour les gens qui veulent oser des projets extraordinaires. J’ai réalisé un petit court métrage mais je ne l’ai pas trouvé terrible alors je n’ai pas continué dans cette voie. J’ai ensuite travaillé comme monteuse sur plateau de tournage mais ça ne me plaisait pas trop non plus. J’ai également participé au film Cost Guard de Kim Ki Duk dans l’équipe des décorateurs, mais finalement je n’aimais pas non plus. Enfin j’ai travaillé pour le MOPEC (société spécialisés dans les effets spéciaux) en faisant des petits films d’animations. Et j’ai réalisé un court métrage : Suicide of the Quadruplets, qui est le film qui me tient le plus à cœur car il est différent de tout ce que j’ai pu faire. Il a reçu beaucoup de prix du coup j’ai repris confiance en moi et j’ai réalisé d’autres courts métrages dont un qui –à ma grande surprise- a reçu un prix au Festival International du Film à Bunsan. Néanmoins Suicide of the Quadruplets reste mon préféré. J’ai après tourné Paprika Feast mais il fut très peu apprécié.

(NdR : Suicide of the Quadruplets raconte le suicide de quadruplet, vus par un groupe de lycéennes chanteuses assistant à cette triste scène puis expliqué et rapporté par un journaliste. Ce court-métrage est de grande qualité, basé sur un humour noir appréciable, une mise en scène très intéressante et un récit tout aussi dramatique que sarcastique, à voir absolument)

T’Gw : Dear Dolphin interpelle par son titre et la récurrence de dauphin dans sa narration, pourquoi ?

Kang: Il m’a fallu 3 ans pour finir mon film, de l’écriture du scénario au montage et il a failli être abandonné à plusieurs reprises. J’avais un problème dans mon scénario, je voulais que les personnages restent souffrants, plein de remords et de douleur à cause de la mort de leur ami mais j’ai compris qu’avec cela l’histoire n’avançait plus. J’étais bloqué et un jour mon équipe qui écoutait régulièrement des morceaux de musiques calmes pour se déstresser m’ont prêté un CD. Il s’avère qu’une piste de celui-ci passait durant une heure un chant de dauphin. En l’écoutant, je me suis sentie consolée, protégée et j’ai repris confiance (et conscience) en la nécessité de la guérison (du cœur) des personnages principaux. Le dauphin n’a pas de signification particulière dans le film, je l’ai réintégré aux éléments aquatiques un peu comme un symbole divin. L’eau symbolise la mort et le dauphin fut rajouté dedans après coup telle une croyance visuelle.

T’Gw : Le personnage principal est tiraillé entre présent et passé, pourquoi l’avoir voulu comme cela ?

Kang : Quand je n’étais pas bien (à cause de la mort d’un proche, d’une rupture sentimentale,…) je trouvais que c’était très dur sur le moment mais le pire c’était lorsque je me réveillais tous les matins. J’ai failli nommer le film « Le temps où l’on se réveille » car chaque nuit, rêves et cauchemars rappellent inconsciemment nos douleurs passées, puis on se réveille et on se rend compte à nouveau qu’il (ou elle) est mort. La structure rêve/réveil est assez cruelle car la douleur ne disparaît pas. Chaque matin on retrouve la même sensation, je voulais aussi regarder à l’intérieur des gens qui ont perdu quelqu’un de cher et voir la tristesse qui se cachait derrière leur sourire. Je pense que c’est aussi une raison de l’échec commercial du film en Corée.

Interview: Kang Jina

T’Gw : Ah bon, le film n’a pas marché en Corée ?

Kang : Oui, le public l’a trouvé trop difficile à appréhender. Je n’ai pas pu rembourser les investisseurs indépendants de ce film. Mes proches ont beaucoup aimé le film mais le public semble avoir du mal à distinguer les différents mondes présent/passé/rêve en particulier les hommes dont la trop forte logique ne permettait pas de saisir le propos.

T’Gw : La mise en scène est très spéciale (NdR : le film alterne rêve, passé et présent et la limite entre ces trois mondes et parfois floue), pourquoi ces choix ?

Kang : On peut dire que sans être fous, les personnages ne sont pas complétement seins d’esprit et ressasse toute la journée les cauchemars et rêves de la nuit. Le film développe ces personnages à la limite de la folie qui vivent dans le passé, le présent et par les rêves. Je voulais exposer la détresse de ces gens sans ni l’embellir ni la modifier. Parfois la détresse peut devenir une arme dans un cas comme « Tu ne peux pas comprendre ce que j’ai subi… » C’est pour cela que je voulais que le film suivent une logique psychologique plutôt que chronologique. On suit les deux esprits des personnages d’un point de vue émotionnel et affectif et cela ne marchait pas avec des scènes montées dans l’ordre chronologique.

T’Gw : A la fin du film, une phrase m’a marqué : « On peut vivre plusieurs vies mais on n’aura qu’un seul grand amour » et pourtant le héros aime deux femmes…

Kang : Ce message sert en effet à clôturer le film mais c’est la morte qui la prononce et ce n’est pas ma position personnelle. Cela ressemble à une promesse immature qu’ils se seraient fait étant jeunes. Cette promesse a été faite trop tôt et ce message a enfermé le personnage principal dans le passé. Mais finalement l’homme est consolé et dépassé cette phase en faisant face à ces traces du passé. Je suis plutôt du genre à aimer ce genre de promesses romantiques même si je sais que ce n’est pas la réalité, je pense que cela n'est vrai qu'au départ.

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